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Fragments

Anthologie ou les Autres, les Grands, les Vrais...

Mon anthologie à moi, ces poèmes que j'aime. Ces citations qui m'ont marquées ou qui m'ont influencées.
Mon anthologie pêle-mêle.

Absence - Geraldy

le 23/09/2007 à 20h33

Absence

Ce n'est pas dans le moment
où tu pars que tu me quittes.
Laisse-moi, va, ma petite,
il est tard, sauve-toi vite!
Plus encor que tes visites
j'aime leurs prolongements.
Tu m'es plus présente, absente.
Tu me parles. Je te vois.
Moins proche, plus attachante,
moins vivante, plus touchante,
tu me hantes, tu m'enchantes!
Je n'ai plus besoin de toi.
Mais déjà pâle, irréelle,
trouble, hésitante, infidèle,
tu te dissous dans le temps.
Insaisissable, rebelle,
tu m'échappes, je t'appelle.
Tu me manques, je t'attends !

Paul Géraldy

(Toi et moi, 1885)

Photo by Susan B. 

 

A dream within a dream

 (Edgar Allan Poe)


TAKE this kiss upon thy brow!
And, in parting from you now,
Thus much let me avow --
You are not wrong, to deem
That my days have been a dream;
Yet if Hope has flown away
In a night, or in a day,
In a vision, or in none,
Is it therefore the less gone?
All that we see or seem
Is but a dream within a dream.

I stand amid the roar
Of a surf-tormented shore,
And I hold within my hand
Grains of the golden sand --
How few! yet how they creep
Through my fingers to the deep,
While I weep -- while I weep!
O, God! can I not grasp
Them with a tighter clasp?
O, God! can I not save
One from the pitiless wave?
Is all that we see or seem
But a dream within a dream?


Edgar Allan Poe




Traduction

Un Rêve dans un rêve

(Mallarmé)

Tiens ! ce baiser sur ton front! et, à l'heure où je te quitte, oui, bien haut, que je te l'avoue : tu n'as pas tort, toi qui juges que mes jours ont été un rêve ; et si l'espoir s'est enfui en une nuit ou en un jour - dans une vision ou aucune, n'en est-il pour cela pas moins PASSÉ ? Tout ce que nous voyons ou paraissons, n'est qu'un rêve dans un rêve.


Je reste en la rumeur d'un rivage par le flot tourmenté et tiens dans la main des grains du sable d'or - bien peu ! encore comme ils glissent à travers mes doigts à l'abîme, pendant- que je pleure - pendant que pleure ! O Dieu ! ne puis-je les serrer d'une étreinte plus sûre ? O Dieu ! ne puis-je en sauver un de la vague impitoyable ? TOUT ce que nous voyons ou paraissons, n'est-il qu'un rêve dans un rêve ?


Stéphane Mallarmé


Toujours- G. Appolinaire

le 23/09/2007 à 19h18

Toujours


Nous irons plus loin sans avancer jamais
Et de planète en planète
De nébuleuse en nébuleuse
Le don Juan des milles et trois comète
Même sans bouger de la terre
Cherche les forces neuves
Et prend au sérieux les fantômes


Et tant d'univers s'oublient
Quels sont les grands oublieurs
Qui donc saura nous faire oublier telle ou telle partie
du monde
Où est le Christophe Colomb à qui l'on devra l'oubli
d'un continent


Perdre
Mais perdre vraiment
Pour laisser place à la trouvaille
Perdre
La vie pour trouver la Victoire


Guillaume Apollinaire



La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il ya toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un coeur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie à se partager.



Paul Eluard, Le Phénix, 1951.

Je t'aime

le 23/09/2007 à 14h41

Je t'aime

Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas


Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien q'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a toutes ces morts que j'ai franchies sur la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie


Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce coeur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.


Paul Eluard, Derniers poèmes d'amour, 1963.